Les truites du Méchet

Etat de conservation, degré de menaces pesant sur l’espèce, pistes d’action pour la préservation.

En 2016, la Fédération de Saône-et-Loire pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique a lancé avec le bureau d’études Scimabio Interface un vaste programme de suivi de la population de truites du bassin versant du Méchet, utilisant de nouveaux outils scientifiques comme la génétique les études de viabilités de population, etc…

Les objectifs étaient de déterminer l’état de conservation de cette population, de caractériser les niveaux de menace pesant sur cette espèce bioindicatrice et d’orienter les actions de restauration des milieux aquatiques.

Truitelle
Truitelle

Le Méchet, une rivière à truite du département

Le Méchet est une rivière de première catégorie piscicole du département de Saône-et-Loire. Prenant sa source sur le massif du Haut-Folin, il s’écoule à travers les forêts et les prairies de l’extrême partie Sud Est du Morvan.

Carte de situation du bassin versant du Méchet
Carte de situation du bassin versant du Méchet

Le Méchet est caractérisé par un peuplement piscicole de type salmonicole avec la présence sur ces portions les plus aval de quelques cyprinidés d’eaux vives. Parmi les espèces de poissons qui colonisent le Méchet, on peut citer le barbeau fluviatile, le chabot, le chevesne, le goujon, le hotu, la loche franche, la lote, la lamproie de Planer, le spirlin, la truite commune, le vairon, et la vandoise.

Parmi l’ensemble des espèces énoncées, la truite commune est l’espèce emblématique et patrimoniale des ruisseaux et rivières du bassin versant du Méchet. Cette espèce est sensible à la pollution des eaux et à la destruction de ses habitats. Sa présence en quantité témoigne du bon état de santé de la rivière dans laquelle l’espèce se développe.

Pêche d'échantillonnage sur les portions aval du Méchet
Pêche d’échantillonnage sur les portions aval du Méchet

Les questions en suspens

Malgré les nombreux inventaires piscicoles entrepris depuis le début des années 1980, de nombreuses questions restaient sans réponse.

Quels sont les structures en âge et les taux de croissance de la population de truites sur les ruisseaux et rivières de ce bassin versant ?

La taille légale de capture à 23 cm, protège-t-elle suffisamment les reproducteurs ?

Quel a pu être l’impact des empoissonnements sur les populations déjà en place ?

Quelles sont les interactions entre le cours principal et les affluents dans le fonctionnement écologique de la population de truites ?

Quelle est la diversité génétique des truites ? Les truites échantillonnées de part et d’autre du bassin se distinguent-elles génétiquement ?

Des populations sont-elles isolées ? Les obstacles à la libre circulation piscicole jouent-ils un rôle sur l’isolement des populations ?

Quel est la quantité de géniteurs qui participent efficacement au renouvellement de la population (succès reproducteur) ?

Les régimes thermiques du Méchet et de ses affluents sont-ils favorables au développement de l’espèce ?

Quelles sont les capacités de la population à résister à différents aléas (assèchement, réchauffement thermique, forte crue, pertes d’habitat, altération des affluents, altération de l’efficacité de reproduction et du recrutement en juvénile) ?

Le Méchet à la Grande Verrière (71990)
Le Méchet à la Grande Verrière (71990)

Des réponses riches en enseignement

L’ensemble des travaux a permis de mettre en avant différents points.


Des densités faibles en relation avec la température des eaux

Les abondances de truites sont assez faibles sur les rivières du bassin versant du Méchet. Elles sont aussi étroitement liées à la température des eaux. Comme de nombreuses rivières du département, le Méchet et ses affluents connaissent actuellement un réchauffement excessif des eaux menaçant la population de truite commune (espèce d’eau froide). Sur le bassin du Méchet, les portions de rivières ou de ruisseaux les plus fraiches accueillent les plus fortes quantités de truite.

Une croissance faible

La croissance des truites sur ce bassin est aussi relativement faible. L’étude de détermination des âges de poisson par lecture d’écailles (scalimétrie) indique une taille estimée à 20 cm pour la classe d’âge 3 ans, généralement considérée comme sexuellement mature chez la truite commune. Avec une taille légale de capture fixée à 23 cm, les truites peuvent conformément à l’esprit de la réglementation Française s’être reproduit a minima une fois avant prélèvement. La faible croissance, observée sur le bassin est certainement imputable à la nature des milieux étudiés (petits cours d’eau) ainsi qu’au contexte géologique local, à dominante granitique, correspondant à des milieux peu productifs sur lesquels des croissantes lentes sont généralement observées.

Truite du Méchet
Truite du Méchet
Les affluents, lieu de la reproduction de l’espèce

Le Méchet, excepté sur ces portions les plus amont (amont de Saint-Prix) n’abritent pas ou très peu d’alevins. Ces dernières se retrouvent par contre majoritairement sur les affluents.

L’analyse génétique a ainsi montré l’importance majeur de deux ruisseaux pour la reproduction naturelle : les ruisseaux des Briles et du Vermenot. Ces deux affluents situés en partie aval du Méchet semblent accueillir au moment de la reproduction un nombre important de géniteurs migrants du cours principal. Leurs habitats offrent un succès reproducteur intéressant qui assure un taux de recrutement en alevins élevé qui profite au Méchet.

Une population génétique bien diversifiée et peu différenciée

A l’échelle du bassin, la population de truite montre peu de structuration génétique. Ceci est un indicateur positif pour la fonctionnalité de la population car il traduit un flux de gènes et donc d’individus suffisants sur la majorité du bassin versant pour maintenir une population génétique cohérente et diversifiée. Seuls quelques rares secteurs, situés sur les zones les plus amonts du bassin du Méchet montrent une différenciation plus marquée. Cela signifie que les poissons présents sur ces secteurs sont isolés du reste de la population. Cet isolement s’explique par la présence d’obstacles infranchissables.

Une population naturelle peu influencée par les rempoissonnements

Le Méchet est un bassin versant très intéressant, car malgré des rempoissonnements (poissons adultes pour la pêche), la présence de génotypes domestiques est quasi nulle. L’intégrité génétique des populations de truites du Méchet apparait donc préservée des effets des rempoissonnements, ce qui du point de vue de la gestion représente un fort intérêt en termes de conservation

Distinction entre une truite sauvage du Méchet (en bas) et une truite de déversement (élevée en pisciculture - en haut)
Distinction entre une truite sauvage du Méchet (en bas) et une truite de déversement (élevée en pisciculture – en haut)
Risque et menace, devenir de la population

Les études entreprises, dont l’analyse de viabilité de la population de truite ont mis en évidence le degré de menace qui pèse sur l’espèce à moyen et long terme. Ce travail a permis l’analyse au cours du temps des caractéristiques démographiques des populations en les soumettant à différents aléas (ex : mortalité extrême, perte d’habitats, fragmentation, réduction du succès reproducteur). Il en est ressorti plusieurs points.

1) En conservant les caractéristiques et la qualité des habitats actuels, la population de truites du Méchet peut être considérée comme une population naturellement viable à moyen terme (50 ans).

Cette résilience semble reposer en partie sur le rôle important que jouent les « petits milieux », affluents et zone amont du cours principal.

2) Les affluents ont donc une grande importance dans le maintien de la population de truite. Les résultats indiquent que sans ces « petits milieux », la population de truites du Méchet pourrait perdre 77% de ses effectifs. Ces informations montrent la nécessité de travailler en priorité sur la qualité des affluents pour maintenir ou restaurer leur intégrité et pour garantir la libre circulation des poissons entre le cours principal et ses affluents.

Ruisseau des Vernottes
Ruisseau des Vernottes

3) Comme sur de nombreuses rivières, la truite, espèce d’eau froide est très directement menacée par le réchauffement climatiques (réchauffement des eaux et risques d’assèchement). Dans ce contexte, il a donc été décidé de tester un scénario futur probable en lien avec le changement climatique. Il a consisté à simuler une aggravation de la situation actuelle en simulant la perte des habitats les plus impactés actuellement. Les résultats montrent une réduction des effectifs de l’ordre de 55% sur l’ensemble de la population. Ils indiquent que les effets directs du réchauffement climatique sur le milieu constituent une des principales menaces aujourd’hui à prendre en compte pour le maintien de la population de truites du bassin du Méchet.

4) Enfin les études ont montré l’importance de la reproduction et de la survie des alevins. Dans le travail sur le Méchet, différents niveaux de surmortalité aux stades 0+ (alevin de l’année) ont été simulés pour traduire une diminution du recrutement naturel provoquée par exemple par des crues hivernales plus récurrentes détruisant les frayères ou par le développement de maladies sur les alevins en période estivale. Les résultats illustrent les effets rapides et importants sur l’ensemble de la population que provoque une chute du recrutement naturel en 0+. L’importance du stade 0+ sur l’évolution de la population suggère la mise en place d’indicateurs de suivi de population plus ciblés sur ce stade de type indice d’abondance en juvéniles et taille efficace à partir d’analyse génétique qui sont de plus en plus utilisés en biologie de la conservation.

Les documents à télécharger.

Etude des populations de truite commune et du métabolisme thermique du cours principal du Méchet et de ses principaux affluents (2016)

Synthèse_métabolisme_thermique_Méchet2016 (peche-saone-et-loire.fr)

Etude génétique de la population de truite commune du cours principal du Méchet (2017)

Rapport génétique Méchet2016_FDPPMA71_VF (peche-saone-et-loire.fr)

Etude génétique de la population de truite commune du bassin versant du Méchet -cours principal + affluents-  (2020)

Rapport Génétique Méchet 2020_VF.docx (peche-saone-et-loire.fr)

Analyses scalimétriques de la population de truites du bassin versant du Méchet (2020)

Note technique scali FD 71VF (peche-saone-et-loire.fr)

Analyse de viabilité de la population de truites du bassin versant du Méchet  (2021)

Note technique PVA Méchet 2021 VF.docx (peche-saone-et-loire.fr)

Les partenaires

Ce programme d’étude a été réalisé en partenariat avec le Parc Naturel Régional du Morvan, le Syndicat Mixte des Bassins de l’Arroux et de la Somme et avec l’appui financier de l’Agence de l’eau Loire Bretagne et de la Fédération Nationale pour la Pêche en France.